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Fiche article

9782355021008
A fleur de larmes
Une œuvre d'Anne-Laurence Fitère
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782355021008, vendu 12 € et classé au rayon « Littérature », publié le 17 octobre 2018 par les éditions Cahiers de l'Egaré dans la collection « La Collection privée du Capitaine », d'un poids de 160 grammes, large de 135 millimètres pour 205 de haut et 10 d'épaisseur et comportant 120 pages.
«Le rire de ma fille, adorable petite princesse, a fait chavirer mon cœur tant de fois. J’ai su attraper au vol tous ces instants magiques que tant d’autres ne voient pas. Car le cancer apprend à vivre. Dur apprentissage que celui qui vous fait embrasser la mort de près, qui vous tatoue dans la chair la certitude de la finitude. Par tous les pores, la douleur et la peur suintent, marquant de leur empreinte indélébile l’entrée vers un autre chemin de vie. Envolé ce spleen qui me collait à la peau depuis l’enfance. Ma joie de vivre a éclaté de mille feux.» À Fleur de larmes correspond au journal de bord d’Anne-Laurence Fitère. Ayant été atteinte par le cancer, elle en perdra la vie à la suite d’une récidive. Son écrit tisse une parole pénétrante, sans concession, mais toujours chaleureuse et digne.
L'auteure est aussi la fondatrice de La Maison du Cancer, maison qui propose aux malades et à leurs proches de s’informer, témoigner et s’entraider.

Extrait tiré de l'ouvrage :

« Septembre 2008
Je suis une coccinelle. Mon corps est clairsemé de petits bleus, mouchetant ma peau encore dorée par le soleil de ce bel été. Autant de petits points, signatures de ces piqûres quotidiennes, qui me signifient mon entrée prochaine dans un tunnel blanc et aseptisé. Comme ce joli insecte noir et rouge, je m’envole, légère, vers des cieux plus cléments. Mon esprit virevolte, tente d’échapper à ma carcasse. Il lui faut oublier ce bleu de l’âme plus gros encore que toutes les petites tâches qui me constellent. Un bleu énorme, invisible. Et qui éclate de toute sa force dans ce mot affreux : récidive. Trois ans et demi plus tard. Alors qu’autant d’heures avaient enfin réussi à mettre de la distance avec ce mois de novembre 2004. Alors que de mes doigts inquiets, je me suis efforcée de tourner la page. Et ce chapitre, je l’ai écrit. J’ai aimé mon quotidien, j’ai apprécié chacun de ces petits moments de bonheur.
Le rire de ma fille, adorable petite princesse, a fait chavirer mon cœur tant de fois. J’ai su attraper au vol tous ces instants magiques que tant d’autres ne voient pas. Car le cancer apprend à vivre. Dur apprentissage que celui qui vous fait embrasser la mort de près, qui vous tatoue dans la chair la certitude de la finitude. Par tous les pores, la douleur et la peur suintent, marquant de leur empreinte indélébile l’entrée vers un autre chemin de vie. Envolé ce spleen qui me collait à la peau depuis l’enfance. Ma joie de vivre a éclaté de mille feux.
Pourquoi des mois plus tard revenir me tourmenter ainsi ? Pourquoi alors que je n’avais statistiquement que 1 % de « chance » de récidiver ? À croire que quelque chose m’a échappé. En réalité, je n’ai pas voulu voir que le cancer était un invité encombrant, de ceux qui ne savent pas partir alors que l’heure tourne. J’ai cru qu’il suffisait de s’en remettre à la médecine, de rester au garage le temps de la réparation et de repartir plus bolide qu’avant. J’ai pris le meilleur, ce feu de vie qu’il a allumé en moi, et oublié le pire, sa visite. Mais le cancer est retors, sans gêne, et se moquant éperdument de toute logique médicale, entre à nouveau dans la loge sans frapper.
J’ai compris que je ne m’en sortirais pas si je ne l’acceptais pas dans mon antre. Si dans le déni, je continuais à le mettre à la porte alors qu’il rentrerait par la fenêtre sans vergogne. À contre cœur, je l’ai accepté pour compagnon. À ma grande surprise, le paria reconnaissant m’a fait un cadeau. Le plus beau des cadeaux en vérité.
Il a délié ma plume.

― Amour et cuisine ―
Il a pris nos vies à bras le corps, à sa façon. Il a pleuré, longtemps, puis il a essuyé ses larmes, endossé son armure pour entrer en guerre. Il allait terrasser le mal, aussi certainement qu’une épée tranche la tête d’un adversaire. Son manuel ? Une vingtaine de livres de cuisines « diététique anti cancer ». Il a lu, annoté, élaborant son plan de bataille culinaire. Ses armes ? Les épices, les aromates, le thé vert japonais, les légumes et autres fruits bio. Tous les jours, sans répit, il a décidé de partir à l’assaut de ces foutues tumeurs. Les assécher, les assoiffer, les encercler en lançant à leurs trousses toutes les « bonnes » cellules. Midi et soir, il taille, coupe, presse, saupoudre, mélange. Et moi, j’accepte avec une éperdue reconnaissance ses petits plats. Je me fais docile et mange, qu’il me plaise ou m’en déplaise, tous ces mets qui contiennent l’ingrédient le plus pur : tout l’amour de mon homme.

― Ma petite princesse ―
Après tous ces jours de vacances passés ensemble, je recule le moment où je vais lui dire : ma chérie, la semaine de ta rentrée en CP, maman ne sera pas là. Pourquoi ? Parce qu’elle est à l’hôpital pour quelques jours. Son regard bleu se brouille, ses cils battent plus vite, elle pose ses adorables petits bras autour de mon cou et me murmure à l’oreille son inquiétude. Je l’accompagne en ce beau matin de septembre à l’école, au premier jour de son long parcours en primaire. Je la vois partir, le cœur un peu serré, troublée par son air perdu. Elle n’a pas beaucoup de copines dans cette nouvelle école. Toute à ses craintes, elle en oublie qu’elle ne me verra pas ce soir. Et c’est bien ainsi.
Les jours d’après, nous nous sommes peu parlé, ma voix était bien trop teintée de ma douleur. Je suis revenue à la maison, cachant le mieux possible mon dos endolori, mes poumons tiraillés par ce prélèvement cellulaire barbare, mon esprit encore brouillé, traumatisé par l’horrible drain resté planté dans mon flanc quatre longs jours. Je te retrouve, mon ange, et c’est tout ce qui compte. Pourtant, je n’ai pas fini de te distiller des mauvaises nouvelles. Je cherche les mots simples pour t’expliquer que nous avons à peine franchi la porte du tunnel. « Mon chaton, dans le corps, il y a pleins de petites cellules. Parfois, certaines deviennent mauvaises. Maman a dans le corps quelques méchantes cellules. Il faut qu’elle se soigne, avec des traitements qui la rendront parfois très malade. On te dira souvent, maman est fatiguée, maman se repose. Qu’importe, mon ange. Maman sera là, à la maison, tous les jours. Elle ne va plus au bureau. » Son sourire alors s’étire, illuminant son joli minois. Maman est là, c’est bien. « Mais, me glisse-t-elle, je ne veux plus jamais que tu partes. »
« Je vais essayer, mon ange. » Comme je vais tenter de te préserver des moments les plus durs, t’éloigner pour que tu continues à vivre dans l’insouciance de ton enfance. Mon crime le plus grand serait bien d’assombrir ces heures privilégiées de la vie. Je t’épargnerai de toutes mes forces, t’enveloppant de mon amour infini, baume de tes plaies. Mais je dois accepter, ne m’en déplaise tant, que d’avoir une maman malade fait partie de ton chemin de vie. Qu’y puis-je ? Alors, je chasse les bouffées de culpabilité qui m’assaillent et canalise toute mon énergie dans une direction : guérir. Pour que, mon amour, tu aies une maman, longtemps.

― Mes mails ―
Plusieurs fois par jour, j’ai rendez-vous avec mon ordinateur. Avec gourmandise, je me connecte, savourant à l’avance le moment d’ouvrir ma boîte à lettre virtuelle. Un tout petit frisson de bonheur, comme celui que petite je ressentais quand nous allions, pendant les « grandes vacances », au bout du chemin voir si le facteur était passé. À l’époque, les lettres étaient rares, mais les mails, eux, sont abondants. Chaque jour, ces messages sont comme autant de bulles d’oxygène dans mon quotidien pollué par la maladie. Ils me relient à tous ceux que j’aime, amis, famille, consœurs et confrères avec qui j’ai partagé les huit dernières années de ma vie. Le bureau, une famille, une tribu.
À l’unisson, je sens palpiter l’amitié de toutes ces douces plumes, leur tendresse et, parfois, leur amour pour la première fois pudiquement dévoilé. Je suis émue, touchée en plein cœur. À travers les multiples messages, instants d’écriture qu’ils ont su soustraire au rythme effréné de leur vie, je les sens tous, en bataillon serré, soufflant sur ma tête des étincelles de vie qui me donnent tant envie de préserver la mienne.

― Protocole ―
Protocole d’atterrissage ? D’amerrissage ? D’urgence ? Non, protocole de décollage vers un horizon tout noir. Il est tombé, fait sur mesure pour vous, dossier 406 363. Nous savons tout de vos cellules meurtrières et nous dégainons LE protocole : au programme, un peu de Taxol, auquel vous m’ajouterez un brin d’Avastin. Parfait. Que faire à part obtempérer ? Rien à négocier. Rideau. Non, je n’irai pas voir sur internet les horreurs que l’on raconte sur les effets secondaires du Taxol et compagnie. Je vais sagement me préserver de tous ces mots/maux jetés en pâture sur la toile par des internautes pétris de leurs angoisses. Je ne serai pas le réceptacle involontaire de leur souffrance. J’ai bien assez à faire pour gérer la mienne. Alors, mon courage en écharpe, j’entre une seconde fois dans mon protocole à moi. Je sais qu’il sera parsemé d’embûches, que je trébucherai les jours où la fatigue me terrassera, que je hurlerai mon ras le bol et mon envie d’en fnir, de ce foutu protocole. Mais je sais aussi que je vais m’accrocher car mon envie de trucider mon hôte indésirable est la plus forte.

― Sèche cheveux ―
Je me lave et me sèche les cheveux pour la dernière fois. Ils sont longs, fournis, soyeux, et je me paye le luxe d’y passer la main. Comment imaginer que demain, ils ne seront plus là. Comment imaginer que mon crâne sera chauve. Qu’il devra s’enfouir sous une perruque pendant de longs mois. Quelle souffrance inutile que de voir sa féminité bafouée ainsi. Ajoutez à cela des cils et sourcils en moins, et là, le tableau devient... pitoyable. Pauvre petite chose, jaune et lisse.
D’un coup, la maladie si sournoisement enfouie s’affiche, éclate aux yeux de tous sans retenue. Un détail pour les médecins, attelés il est vrai, à sauver nos vies. Que sont quelques mois sans cheveux par rapport à la certitude de finir plus vite au fond du trou si de traitement, il n’en existait aucun. Certes, mais en attendant, où est la baguette magique qui fera de cette petite barbarie un détail ? J’aimerais avoir le cran d’arborer une perruque déjantée, de faire un pied de nez à la maladie en m’affichant en rousse flamboyante ou en brune torride. Mais il me faut me ressembler pour ne pas choquer ma petite princesse. Je prendrai le temps pour choisir la perruque qui adoucira mon tourment. Je chercherai dans les yeux de mon homme la certitude qu’il est accroché à mon âme, et non à mes cheveux perdus. Seul son amour, ancré bien au-delà des apparences, soignera les plaies de mon humiliation.

― Perruque bleue ou rose ? ―
Ce matin, j’ai rassemblé mes forces. Hier, sa pédiatre m’avait rassurée : rendez les choses ludiques, les enfants s’adaptent à tout. Alors, je me suis lancée, je lui ai dit que mon médicament faisait tomber les cheveux, mais que « génialissime », j’allais acheter une perruque. Son enthousiasme de petite princesse coquette a débordé : d’accord, mais tu la prends rouge, rose, bleu ou même avec une crête ! Et puis, elle a mouliné toutes ces informations dans sa petite tête. « Maman, je ne veux pas te voir chauve », m’a-t-elle lancé entre son chocolat froid et sa tartine. « Bien sûr que non, mon ange. J’aurai une jolie perruque et la nuit, je dormirai avec un bonnet de nuit avec un pompon ! Amusant, non ? »

― Douleur ―
Pourquoi n’y a-t-il personne que je puisse frapper ? Cette douleur, celle d’une pelote d’aiguilles plantées à vif dans mes nerfs (un détail post opératoire...), me transforme en chat sauvage. J’ai envie de mordre, griffer, me défouler, me soulager. De morphine, j’en ai bouffé tant et tant qu’une seule poussière de l’opiacé me donne la nausée. Rien, aucun calmant, ne vient atténuer cette douleur lancinante. Ah oui, me dit-on, dès qu’on touche à la plèvre... Je marche de guingois, m’assois bancale, me couche de traviole. J’ai envie de pester mais me contente de grimacer. J’ai un feu en moi qui se consume, petite torture insidieuse, que je ne laisserai pas se propager. Pas question que ces flammes viennent lécher les pieds de ceux que j’aime. Alors, oui, j’ai mal, mais je continue à leur offrir un pâle sourire.

― Désespoir ―
Ce soir, je broie du noir. Mon courage me lâche, marre de souffrir. Envie d’en finir, de me dissoudre dans l’air, n’être plus qu’un bruissement dans les feuilles, laisser enfin mon âme virevolter dans la brise. Lourd, il est lourd, je n’en peux plus de ce corps qui me trahit. Une fois, deux fois, et puis quoi encore ? Pourquoi s’accrocher si ma vie n’est plus qu’un chemin de souffrance à répétition. Putain de cellules qui m’emmerdent, me polluent, me détruisent, me dérobent la fin de ma jeunesse. J’ai envie de hurler ma colère, crier ma douleur, fracasser sur un mur toutes ces heures perdues. La maladie m’enserre dans ses griffes, m’embrasse à pleine bouche, me triture la chair. Va-t-elle un jour me laisser respirer ?

― Hypnose ―
D’abord ses grands yeux verts, puis sa voix posée sur moi comme un voile léger. D’un acte barbare, elle a su faire une poésie. Pendant qu’ils ouvraient, poussaient, tiraient, trituraient pour incruster ce foutu cathéter, elle m’a emmené en balade. Quand l’aiguille de l’anesthésie s’est plantée dans mon cou, cruelle, sa main s’est posée sur la mienne tel un papillon. Elle m’a rattrapé au vol et ramené par ses mots sur le chemin de notre imaginaire. Je me suis abandonnée, laissant là ma chair à des mains expertes. Mon esprit, lui, a traversé des forêts, s’est collé à la cime des arbres, est revenu en piqué sur la plage, a cheminé sur les sentiers côtiers, s’est fondu dans le bleu de la mer. Et puis, enfin, il est devenu vent, enveloppant mon corps de son souffle léger, apaisant. Plus envie de revenir, là, dans cette salle blanche, de me souvenir de ce sang qui a inondé mon flanc. Mais elle m’a demandé d’endosser à nouveau mon corps meurtri. J’ai obéi, à regret. Ouvert les yeux, planté mon regard dans le sien, et l’ai remercié de m’avoir capturé dans le flet de ses mots.

― Dévotion ―
Repliés sur leur malheur, les malades voient-ils les anges blancs qui les mènent d’un couloir à l’autre, leur prodiguent des soins, les piquent et les perfusent ? Elles sont femmes d’exception. Dans cet univers cloîtré, dédié exclusivement à la lutte contre le cancer, elles offrent douceur et réconfort. Elles recueillent les larmes, sans tenter vainement de les assécher. Mais avec expérience, elles atténuent la douleur et les inquiétudes en éclairant pas à pas la route. C’est l’une d’elles qui, décelant ma peur du cathéter, m’a soufflé de recourir à l’hypnose. Quelques mots échangés, main posée sur un bras, regard bienveillant, elles sont là tout au long de ce parcours du combattant. Très vite, elles vous accueillent par votre nom, comme de vieilles connaissances, elles qui n’ont que prénom sur leur blouse. Leur gentillesse et la disponibilité de ces êtres toujours pressées sont rondeurs dans le monde acéré de la maladie.

― Impudeur ―
Dans les couloirs, tous ces solitaires qui ont leur douleur plantée dans le cœur comme un pieu, jettent parfois en pâture leur souffrance à qui est là pour l’entendre. Ils ne se soucient guère de savoir si l’autre est lui-même tourmenté, tant ils ont hâte de balancer leur linge souillé par la maladie, leurs affres les plus intimes, à la première tête venue. Ils parlent, ils parlent, ils déversent un torrent de mots. Au secours ! Je me bouche les oreilles et ne veux rien entendre : je hais leur impudeur. Je cherche la compassion pour ces êtres en errance. Il est facile de leur jeter l’opprobre, moi qui suis enroulée dans un cocon d’amour. Moi qui verse mes larmes sur une épaule bien-aimée. Et pourtant, je leur en veux parfois de leur cruauté. Je me souviens de l’agression de cette femme, il y a quatre ans. Voyant que j’avais encore quelques cheveux sur le caillou, elle me lança : « vous avez encore des cheveux, vous ! » et souleva sa perruque, qui faisait si bien illusion que je restai pétrifiée par son crâne chauve. Punie d’avoir bataillée à coup de casques glacés sur la tête à chaque perfusion, petite torture à en vomir, d’avoir enduré des points d’acupuncture sur le sommet de mon crâne... Combien d’autres en a-t-elle écorné sur le chemin de sa déshérence ?

― Coupable ―
Elle me prend les tripes, me dévore de l’intérieur, je suis rongée de culpabilité. Celle de faire endurer à ceux que j’aime - une fois encore par-dessus le marché - les tourments de mon corps. À l’homme qui partage ma vie, j’offre en cadeau les couloirs blancs de l’hôpital, la vision de ces enfants si injustement frappés, de leurs parents déchirés, et de moi, sa femme, perfusée. Je voudrais tant les épargner, rentrer dans un trou de souris, qu’ils m’oublient et réinventent leur vie sans moi. Je m’en veux, je m’en veux, à mort. Je me déclare « coupable » de l’empreinte indélébile qui s’incruste jour après jour dans l’inconscient de ma petite princesse. De toutes mes forces, je veux la préserver, rire aux éclats de ma perruque qu’elle a mis de traviole sur sa petite tête. Mais je la vois regarder en biais mes pansements, je l’entends me susurrer entre deux badinages son inquiétude. Je me hais de jeter une ombre sur l’insouciance de sa vie. Ma joie de vivre, mon amour infini pour eux, suffiront-ils à panser les blessures de l’âme que par ma main ils endurent ?

― Ronchon ―
Sa bouche est de guingois, ses yeux lagon foncent comme à l’approche de l’orage, la tempête n’est pas loin. Car mon homme aujourd’hui est ronchon. Mal levé, fatigué, prêt à en découdre avec le premier con venu. Dommage, pas un en vue, mais moi seule, dans sa ligne de mire ! Tout l’irrite, tout l’exaspère. Parano, teigne, mon amour caramel s’est transformé en boule de colère. Il crache un venin qu’il regrettera bientôt. Le dialogue est rompu, la communication impossible. J’attends que son courroux s’éloigne, que les minutes soufflent doucement sur ces noirs nuages. Je sais qu’il va me revenir. Son sourire se fera timide, son œil velours. Alors nous pourrons reprendre le fl de nos mots, et laisser nos vies se pelotonner.

― Rayons de soleil ―
Là, je me suis calée là, deux coussins dans le dos à la transversale de mon lit. Car j’attends leur visite en ce début d’après midi. Petite once de bonheur volée à la brutalité de la vie, je vais me fondre dans l’instant. La fenêtre est grande ouverte, prête à les accueillir. Ils arrivent, toujours ponctuels. Ils sont doux, chauds, et balayent lentement la chambre safran. Je ferme les yeux, et m’abandonne à leur caresse. Grâce à eux, ma chambre n’est plus prison, ni mon lit paillasse de malade.

― À fleur de larmes ―
Surtout ne me dites rien de gentil. Je ne suis que fontaine, une gigantesque fontaine dont jaillit un torrent de larmes étincelantes. Pas de tristesse, je ne ruisselle. Mais d’émotion, je déborde. Parce que mon corps est meurtri, mon âme est à vif. Je reçois chacun de vos mots en plein cœur. Brûlants d’intensité, j’explose sous leur feu. En perfusion, amour, tendresse, amitié coulent dans mes veines. Je reçois tout, je prends tout, j’absorbe tout, avec une dévorante gratitude. Alors n’écoutez guère ma prière car j’en veux encore. S’il vous plaît, faites couler mes larmes car avec avidité je les bois. »

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