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Fiche article

9782490198061
Cinq ans d'âge
Une œuvre de Jean-Pierre Klein
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782490198061, vendu 10 € et classé au rayon « Théâtre », publié le 18 mars 2019 par les éditions TriArtis, d'un poids de 68 grammes, large de 135 millimètres pour 175 de haut et comportant 66 pages.
Un adolescent, coupable d’un délit, est sommé de s’expliquer sur les mobiles qui l’ont poussé à commettre cet acte répréhensible. Il revit devant le juge ses souvenirs à l’âge de cinq ans. Sa mère cherche désespérément à se
venger du père, marié ailleurs ; elle prend son fils à témoin, le rend complice de ses agissements, lui impose ses ambiguïtés et ses obsessions. Texte théâtral d’une cruauté comique : on rit, avant de pleurer, avec l’enfant dépositaire de toutes les passions contradictoires et manipulations apparemment innocentes qui s’exercent sous le vernis de l’autorité parentale, judiciaire et «scientifique ».
Jean-Pierre Klein, ancien psychiatre pour enfants, est précurseur de l’art-thérapie en France et directeur de l’Inecat (Institut national d’expression, de création, d’art et thérapie)

Extrait tiré de l'ouvrage :

« Clair de lune, c’est l’hiver. La mère de Damien est devant l’interphone. Elle se décide et sonne une fois. Pas de réponse. Elle réitère. Elle sursaute en entendant la voix d’un enfant. Mathieu, environ cinq ans, tonitrue dans l’interphone, ce qui sature le son. Il ne sait manifestement pas se servir de l’appareil.
Voix de Mathieu
Allô, allô, allô…
Il répète «allô» une dizaine de fois, cependant qu’elle tente de se faire entendre.
Mère de Damien en même temps que Mathieu, d’abord se superposant, puis s’insérant en contrepoint comme dans un dialogue de « allô ».
Allô, allô, allô... Je voudrais… Je veux parler… Je veux parler à ton papa. Est-ce qu’il est là ? Mathieu ! (Silence soudain dans l’interphone.) Mathieu, tu es bien Mathieu ? (Silence.) Mathieu, est-ce que ton papa est là, mon chéri ? Mathieu, sois gentil, tu m’entends, va chercher ton papa, mon chéri. (Silence.) Mathieu, va chercher...
Elle s’arrête, saisie, car elle entend le père de Mathieu dans l’interphone.
Voix du père de Mathieu, surpris.
C’est toi ? Qu’est-ce que tu fais là ? (Elle ne répond pas.) Qu’est-ce que tu veux ? J’étais dans mon bain. Je dégouline.
Mère de Damien qui s’est reprise.
Tu te fais beau pour la fête ?
Voix du père de Mathieu
Quelle fête ?
Mère de Damien
Je voulais juste te souhaiter bonne quarantaine. C’est le jour, n’est-ce pas ?
Voix du père de Mathieu
C’est sûrement pas l’heure. Elles vont arriver.
Mère de Damien
Je sais. Ta femme va arriver. Ta femme va arriver avec ta grande fille qu’elle est allée chercher au collège. Ensuite, elles vont, toutes les deux, préparer amoureusement un bon quatre-quarts. Et tu vas souffler les quatre grosses bougies de ta bonne quarantaine. Et moi, je suis le cinquième quart ?
Silence.
Voix du père de Mathieu
C’est pas le moment. On se voit mercredi.
Mère de Damien
C’est pareil dans les asiles de vieillards, ou bien dans les prisons. On fête Noël un autre jour, ça arrange tout le monde, le personnel le fêtera pour de vrai en famille. Mais il faut bien marquer le coup. Alors, on fait un semblant de fête, avec la dinde basquaise, la bûche au chocolat. Là, c’est pareil, ton anniversaire avec moi, c’est dans cinq, non six jours. Je te donnerai ton cadeau.
Voix du père de Mathieu
Merci. Maintenant, va-t’en, je t’en prie. Ce sera la vraie fête ensemble, mercredi.
Mère de Damien
De temps en temps, tu changes de slip, tu te fais beau, tu te prépares, déjà tu bandes un peu, tu te passes un shampooing antipelliculaire pour ébouriffer les cheveux qui te restent et puis tu me visites et puis c’est tout. Tu rentres chez toi après l’intermède.
Voix du père de Mathieu
Je ne t’ai jamais prise en traître.
Mère de Damien
C’est sûr, c’était le contrat de départ. Alors, on sort tous les deux, ou avec mes amis, jamais avec les tiens. On va au cinéma, dans une autre ville. Tu jettes un coup d’œil circulaire sur les rangées du fond, des fois qu’il y aurait quelqu’un de connaissance. Ensuite, on peut voir le film main dans la main comme des amoureux. Dès fois, variante extraordinaire, on a mangé avant le ciné. De toute façon, ça finit par le retour chez moi, et on y baise. (Se rappelant.) Ah oui ! Ça arrive que l’ordre soit inversé : c’est la baise en première partie de spectacle.
Voix du père de Mathieu
Ne sois pas cruelle.
Mère de Damien
À la fin de toutes ces jouissances, et plus rarement re-jouissances, tu rentres dans ton foyer sauf... par trois fois, on a dormi ensemble. Tes femmes, comme tu me le dis délicatement de ta femme et ta fille, étaient en vacances. Moi, entre deux sorties, j’attends la suivante, je prends ces moments pour des résumés de vie commune, et c’est moi qui suis cruelle !
Voix du père de Mathieu
On s’en est parlé tant de fois, même que ça gâche nos rencontres. Après tout, tu es libre, tu peux faire ce que tu veux, je ne suis pas jaloux.
Mère de Damien
À part tes regards partout, quand tu viens impromptu.
Voix du père de Mathieu
On s’en reparlera. Là, c’est pas possible.
Mère de Damien
Tu crois qu’on peut se parler de tout ça, d’habitude. OK, elle va rentrer. Je vais partir. Je ne vais pas rester plantée là devant ton domicile. Oui, « domicile », c’est le terme utilisé par la police. Je suis comme une voleuse qui repère les lieux de son prochain crime, une rôdeuse autour de ton domicile. Ton domicile ! Y a une ampoule dehors, une marquise de verre. En saison, y a un massif de cannas. J’arrive pas à te représenter là-dedans. C’est moche, chez toi. Tout est rond, parfait comme le quatre-quarts maison. Moi, je suis l’amante, l’amante forte, poivrée, aphrodisiaque, en dehors de ce mur, haut, sale. Je reste de l’autre côté en attendant que tu le passes de temps en temps, ce mur, pour une récréation.
Voix du père de Mathieu
Arrête de faire l’enfant.
Mère de Damien
Tiens, à propos, j’allais oublier, tu sais qui est là ? Ton fils. Ton fils, celui que je mets chez la voisine quand tu me visites. Ton fils, tu te rappelles ? Il a cinq ans. (Se tournant.) Allez, viens, viens entendre ton géniteur, qu’a jamais été que ça !
Damien se lève, il a des menottes. Il vient se placer là où il se trouvait à cinq ans.
La mère de Damien s’adressant directement à son fils.
Tu sais, quand tu couches chez Berthe, pendant que papa vient baiser ta mère, ton papa, le voilà, tu en parles des fois, eh bien, il est pas loin, juste au bout de l’interphone. Tu crois qu’il descendrait te voir, mais non ! Il dégouline, il sort de son bain. Peut-être qu’il va attraper froid aux couilles, ce pauvre trésor. Papa, c’est juste une voix, et puis des couilles, pour fabriquer des mômes qu’on n’a pas voulus, et qu’on laisse dans la nature. (Au père.) C’est ça, hein ? T’as jamais voulu le voir, sauf une fois en photo. Eh bien, il est là, à quinze pas, on va se mêler à la fête. (À son fils.) N’est-ce pas que t’as envie de faire la fête, un quatre-quarts, c’est tellement bourratif, on n’arrive jamais à le finir. Peut-être qu’on nous servira les restes, dans la cuisine. N’est-ce pas, mon chéri ? (En vérité, on ne sait pas auquel des deux elle s’adresse.)
Voix du père de Mathieu
Ça suffit, je raccroche.
Mère de Damien
Attends ! Attends : avant, je veux t’offrir un cadeau tout de suite.
Voix du père de Mathieu
Je ne peux pas descendre.
Mère de Damien
Pas besoin, je peux le faire d’ici. C’est une nouvelle. Une bonne nouvelle. (À son fils.) C’est une surprise pour toi aussi. Voilà : nous allons avoir un autre enfant. N’est-ce pas que tu serais content d’avoir une petite sœur ?
Voix du père de Mathieu
Quoi ? Quoi ? Répète ! (Criant, à Mathieu.) Va-t’en, toi. Mathieu, va-t’en, tu vois bien que je suis occupé.
Mère de Damien
Oui, tu as bien entendu.
Voix du père de Mathieu
Pourtant...
Mère de Damien
Eh bien c’était faux ! Je prenais pas la pilule. Tous les mois, tous les mois, j’espérais, et puis jamais rien, mais cette fois, j’en suis sûre. (À son fils.) Alors, mon chéri, on est content ? On va être trois à la maison.
Voix du père de Mathieu
Tu veux faire quoi ?
Mère de Damien
Évidemment que je veux le garder, comme la dernière fois, je ne te demande rien, ni de le reconnaître, ni de t’en occuper. (À son fils.) On a l’habitude qu’il se foute de ses enfants. (Au père de Mathieu.) Il faudra bien que tu acceptes qu’un autre morceau de toi soit dans la nature, même si on ne se voit plus, je te verrai dans tes enfants.(Désignant son fils.) Comme dans celui-là, ton portrait tout craché, ce gosse que tu as craché en moi.
Voix du père de Mathieu
Écoute, on s’en parle mercredi.
Mère de Damien, ironique.
Après le cinéma.
Voix du père de Mathieu
Même plus tôt, si tu veux, je peux me libérer, attends ! Mathieu ! Mathieu, amène mon carnet, je vais te dire quel jour...
Mère de Damien
Ne cherche pas quand tu peux me caser entre deux rendez-vous. Je vais te faire un autre cadeau, et je pars. Non, plutôt, deux autres cadeaux. Le premier, c’est un bout de cet enfant que je t’envoie par interphone. Un bout de cette idée d’enfant, ce n’était que ça… Ce mois-ci, c’est pareil aux autres. C’est foutu encore une fois. (À son fils.) Tu vois, je n’arrive pas à retenir papa, ni chez moi, ni en moi.
Voix du père de Mathieu, criant.
C’est vrai ?
Mère de Damien
Puisque je te le dis !
Voix du père de Mathieu
Jure-le-moi !
Mère de Damien
Le deuxième cadeau, c’est… Adieu ! C’est trop dur pour moi. Je m’en vais, je me déchire pour cicatriser au loin. Ce nouvel enfant ne vivra jamais si tant est que pour le premier, ce soit une vie… (À son fils.) N’est-ce pas, mon chéri ? (Au père de Mathieu.) Moi, il me faut mourir à toi pour tenter de survivre ailleurs.
Voix du père de Mathieu
On s’en parle mercredi. On peut pas se quitter comme ça.
Mère de Damien
Tu n’as jamais été que mon amant intermittent, j’ai l’habitude de te quitter.
Voix du père de Mathieu
Ne pars pas, s’il te plaît ! Arrête de me tourmenter. (Elle ne répond pas.) Ne fais pas ça, je t’en prie.
Mère de Damien
Je te laisse à ta vie dans ta famille. Je te laisse à ton anniversaire dans ta famille. (À son fils.) Allez, mon chéri, dis adieu à ton papa, même si tu l’as pas connu. (Elle l’emmène.) Tu l’as jamais vu. Juste attendu, juste entendu, il existe pas.
Voix du père de Mathieu
Je tiens à toi. Ne t’en va pas. (On entend une voiture arriver, sans doute la mère de Mathieu et sa fille.) Je t’aime ! Je t’aime !
Une portière claque, puis une autre. Elle s’en va avec son enfant.
Le père de Mathieu, hurlant.
Je t’aime, je tiens à toi, mamour. (La scène reste vide.) Je t’aime. Je t’aime. Répété six fois et entrecoupé de « ne pars pas » et « mamour », puis « mon amour ».
La lumière décroît.
Voix de la sœur de Mathieu
Maman, maman, viens, y a papa qui crie tout seul dans l’interphone. »

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