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Fiche article

9782490991051
Noeud magnétique
Une œuvre d'Elio Taccidi
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Cet article a été constaté en stock le 30 novembre 2022.
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782490991051, vendu 20 € et classé au rayon « Littérature », publié le 15 septembre 2022 par les éditions N&B, large de 130 millimètres pour 205 de haut et comportant 222 pages.
« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle ; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de parenté qui est pourri », écrit Sartre dans Les Mots.
Étienne, le personnage principal de ce roman, aurait pu souscrire à ce postulat vis-à-vis de son père. Que lui avait-il transmis, sinon le sentiment qu'on « pouvait le trimbaler comme une valise, et quand la valise se faisait trop encombrante on la mettait à la consigne » ? Malgré tout au terme d'un parcours forcément chaotique, la sortie du tunnel se profile : il est possible de (re)trouver sa voie/voix.
Dans un style tourmenté, bien adapté aux soubresauts de l'existence de son héros, animateur radio reconverti en électricien, Elio Taccidi nous fait également partager avec humour la vie jubilatoire des chantiers, si peu présente dans la littérature. Il explore le travail manuel, en souligne une portée au-delà du prosaïque.
Touche-à-tout compulsif et curieux insatiable, Elio Taccidi se tient toujours là où on ne l'attend pas. Cet imprévisible n'a qu'un guide, sa liberté, qu'une loi, ses amitiés et qu'une patrie, l'écriture. Un temps marin au long cours – entre Manche et Méditerranée – il a maintenant affalé les voiles pour élire un port d'attache sur le causse du Quercy.
Touche-à-tout compulsif et curieux insatiable, Elio Taccidi se tient toujours là où on ne l'attend pas. Ainsi le verra-t-on tour à tour directeur de centre de formation, commis de cuisine, artisan du bâtiment, professeur de lettres, consultant en conception bio-climatique, chauffeur-livreur, commissaire d'exposition, garçon de café, etc. Passionné de théâtre, compagnon de route du CITI (Centre International du Théâtre Itinérant), il se frotte volontiers à l'exercice de la critique de spectacle : Le clou dans la planche, Toulouse ; La presse de la Manche, Cherbourg. Il est également auteur d'un essai — Spectacle vivant à l'épreuve de l'itinérance, L'Harmattan, 2016 — déclinant du côté de la scène actuelle, l'un de ses thèmes obsessionnels : la condition nomade. Cet imprévisible n'a qu'un guide, sa liberté, qu'une loi, ses amitiés et qu'une patrie, l'écriture. Un temps marin au long cours — entre Manche et Méditerranée — il a maintenant affalé les voiles pour élire un port d'attache sur le causse du Quercy. Il y coordonne l'association des Éditions de la Coquille, anime différents ateliers d'écriture et de médiation culturelle.

Extrait tiré de l'ouvrage :

« ...] Le patron du troquet leur montra une grise mine de samedi matin, de celles qui gardent les stigmates d'une veille laborieuse et tard terminée. Le jour se levait à peine. Étienne regardait fumer les deux cafés serrés qu'on leur avait posés sur le comptoir ; se dit qu'au réveil, son lit fut bien chaud lui aussi, observa que le grand intérêt d'un expresso brûlant dans ces moments-là, c'est de retarder l'heure fatidique par laquelle il faudra se coller au chantier ; un peu comme on se jette à l'eau, toujours le premier pas coûte. Et le deuxième aussi : un bâtiment en construction, en novembre, ressemble à une chambre froide, un défilé de pièces vides gorgées d'humidité et de poussière grasse, fouettées de courants d'air. Constat frileux dès son premier jour de stage. Pour ses nouveaux collègues, c'était soi-disant pas sérieux de commencer en cette saison ; les stagiaires s'épanouissent au printemps, « surtout les gars comme toi ». Jamais foulé un hourdis, jamais vu un comble, un rail de cloison, jamais touché une couronne de câble, une pince à dénuder, un couteau d'électricien. Puceau de tout. Loin d'évacuer ses doutes, ces premiers jours passés parmi eux n'avaient fait qu'accroître son anxiété. Il trimait ferme à essayer de les suivre tous, trébuchant derrière leurs grands pas, toujours à courir après les consignes, le matériel, le temps imparti, à court de repères, fébrile. Il s'attendait à un métier technique – bien vu – mais il découvrit un métier physique. Loin, très loin de ce qu'il avait connu auparavant. Petit-Paul vida le fond de sa tasse qu'il posa pour prendre son paquet de Marlborosur le comptoir et sauter de son tabouret. Décollage acté. [...] « Alors Étienne, cet œil ? » demande Petit-Paul. Pouce vers le haut en guise de réponse. L'éclat de cuivre avait évité l'iris. Guéri avec beaucoup de collyre durant quelques jours. « Alors tu vas pouvoir câbler la boîte. » Câbler la boîte ? Toutes les gaines dépassaient de la trappe et tous les fils étaient tirés. Le grand foutoir rituel des fourreaux de vingt et de seize, le désordre annoncé des câbles RO2V à domestiquer dans une boîte de comble. Une pieuvre qui devait retrouver toute sa tête.
La routine pour Petit-Paul, mais pour le simple stagiaire, un petit sommet d'art électrique. Conséquent vertige. Pourtant, il devait en être capable puisque Petit-Paul le jugeait prêt à s'en saisir, alors pas le moment de se dégonfler. Jusqu'à se retrouver là-haut, assis sur cette planche posée entre deux fermettes, seul dans le comble. Là, il câblerait paisiblement, à la lumière du jour passant sous une tuile déjà soigneusement soulevée et calée – un ciseau à bois en travers, à la croisée d'un liteau et d'une panne. Tout à portée de main, et peu de choses sont nécessaires : pince coupante et pince à dénuder, cutter, tournevis et wagos – ces petits éléments en cuivre recouvert d'isolant qui remplacent à présent les dominos ou les sucres.Chez Baresse, les wagos ne provenaient pas de la marque Wago, tout comme les frigos ne sont plus de la marque Frigidaire : Thierry préférait référencer les Capri, moins chers. Capri. Un choix permettant à David d'entonner un invariable « Capri, c'est fini » quand la fourniture venait à manquer. Les wagos Capri ressemblaient à de petits bonbons colorés transparents. Des bidules bien pratiques à distinguer dans la pénombre d'un comble, d'un grenier ou d'une cave. Au centre de formation, Étienne avait rapporté l'une de ces poignées multicolores (en trimbalait maintenant de manière quasi permanente au fond de sa poche, un peu comme les billes, en CE1, CE2). En tous lieux, ces wagos lui rappelaient sa nouvelle appartenance.[...] Ce dimanche-là, à Saint-Gérôme, Antoine attend encore. Mais pour Étienne, par quoi commencer et surtout, par quoi finir ? Il s'empêtre alors dans le récit de la séparation de ses parents, évoque la maladie de sa mère – « ta grand-mère » – longtemps recluse dans une maison de repos, détaille sa sortie, son retour pour les reprendre avec elle, sa sœur et lui. Puis devant la place laissée par de soudaines hésitations, Antoine conclut de lui-même : « Et en attendant, vous étiez ici, c'est ça. Tous les trois, Tatie et toi, avec Papy. » Un gouffre. Vertige. Vertige de tous ces souvenirs enfouis, constituants d'une blessure disant soudainement son nom, vertige de ces bribes de faits et de sensations menaçant toutes de remonter pièce par pièce pour s'établir en ordre à la ligne de flottaison. Bien en vue. Barrage. Pourtant, qu'était-ce ? très simple, ordinairement simple et commun. L'issue consistait en quelques mots. Seul. Sans ses parents. Sans sa sœur. Alors pourquoi ce sentiment que tout cela ne se dit pas, que ce ne sont pas des choses à dire. Non. Ne pas parler. Ne pas en parler. D'autant qu'opportunément il considère alors ne pas en subir la nécessité : cette version – cette si logique version qu'Antoine lui sert sur un plateau – « Vous étiez ici, c'est ça. Tous les trois, Tatie et toi, avec Papy », cette version, et le silence comme porte de sortie.[...] Autour de son père, durant toute son enfance, règne l'image du séducteur, sous des éclairages divergents : ses femmes successives lui reprochent son vice de « coureur », ses amis, faux amis et associés de comptoir saluent sa technique ou sa hardiesse, l'oncle Georges raconte leurs exploits communs, expériences de jeunesse, toujours dans une veine potache, et souligne la supériorité de son faux jumeau dans cette compétition l'intéressé lui-même y va d'expressions et d'allusions sensuelles ou grivoises, fait part de ses considérations éclairées, se montrant tantôt expert, vulgaire ou esthète. Adolescent, à plusieurs reprises, Étienne a l'impression que son père en vient à s'adresser à lui comme à un pote re confidences et partage, il oublie alors qu'Étienne est son fils et qu'il est son père. Situation déconcertante, mais toujours Étienne prend de bonne grâce ces miettes de complicité. Mieux que rien. [...] Le son électronique de son Nokia le sortit de sa rêverie Sarah » inscrit en gras sur l'écran. Pas d'équivoque possible : un SMS de cette cliente audacieuse et sensuelle du chantier de Saint-Orens. Lui revint l'image de ce bout de papier plié, son prénom et son numéro inscrits en traits nerveux, le tout camouflé à l'insu de son mari sous le téléphone d'Étienne. En affichage sous le prénom : « Pas de nouvelles, mauvaise nouvelle. » Se montrait-elle prudente, déçue, joueuse ou carrément décidée ? Tel se déclinait le panel des interprétations possibles, selon le ton de la voix que l'on choisirait d'y associer. La polysémie constitue à la fois la force et la faiblesse de ces proses furtives. Mais plus prosaïquement, comment avait-elle fait ? Étienne ne lui avait envoyé aucun message, ne l'avait pas appelée une seule fois. « David, dis-moi, as-tu donné mon numéro à la cliente de Saint-Orens ? — Elle t'a appelé ? — Non, un SMS. »
Fallait qu'il comprenne, Étienne ! n'avait pas pu faire autrement, elle l'avait harcelé jusqu'à ce qu'il craque, ensuite il songea à prévenir son collègue, mais avait oublié, malgré tout se disait sûr d'avoir bien fait, mais souhaitait tout de même s'assurer qu'Étienne ne lui en tiendrait pas rigueur. David jubilait et bien entendu voulut en savoir plus : et qu'est-ce qu'elle avait écrit, voir ? fallait lui répondre, ça se fait, c'est poli. Poli, et pour tout dire, familier pour Étienne : profiter des occases quand et où elles se présentent. Dans la droite lignée paternelle. Il l'entendait d'ici, lui, avec son interprétation toute personnelle du carpe diem. [...] Le père assis face au fils, à la table de sa cuisine. Le fils n'était pas venu pour boire un café, mais lui, le père, fumait en faisant tourner sa cuillère dans sa tasse toujours des plombes ces choses-là. « J'ai pris une décision importante. » Silence stoïque du buveur de café. « J'en ai fini avec quelque chose. À cause de toi. Grâce à toi. Grâce à ton arrivée ici. » Son père le regarda, d'un air de ne rien saisir. « Tout aurait pu continuer très longtemps, mais avec toi ici, impossible. Saint-Gérôme est un lieu à part. Un lieu à part pour moi. Tu le sais. » La cuillère ne tournait plus dans la tasse de café. Posée. Le fils n'avait plus le choix. Plus moyen de retourner en arrière. Plus possible de regretter. Forcé d'avancer. « Tu n'avais pas le droit de revenir ici en ignorant le reste. » Le père se conserva impassible, mais il écoutait. »

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