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Fiche article

9782916724140
Quand les loups avaient des plumes
Une œuvre d'Isabelle Cousteil
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782916724140, vendu 15 € et classé au rayon « Littérature », publié le 02 mars 2010 par les éditions TriArtis et d'un poids de 180 grammes.
La très véridique et très facétieuse chronique d un tout-petit, avant que sa mémoire en chrysalide ne s efface.
Pour tous les adultes qui ont oublié leurs premières années.


« J ai 4 ans et je pousse les portes du monde...

Je n ai encore rien appris vraiment, mais j en sais déjà beaucoup.
Quand je dis que je sais, je ne parle pas des déclinaisons latines ou du taux de la TVA sur les produits culturels.

Je sais, par toute la puissance de mon instinct, par toutes les ondes que font courir les émotions sur la peau, la mienne et celle des autres. Je crois de tout mon c ur au pouvoir absolu et divin de l amour qu on me porte. Mon instant présent est tout, délicieusement pur.

Mais je sais aussi que le compte à rebours a démarré. La touche « reset » de ma mémoire est enclenchée et mon petit doigt me dit que j aurai bientôt oublié l essentiel.

Ce matin, une plume d ange est tombée en planant doucement sous mon nez. Je l ai ramassée, je l ai trempée dans la gouache pour te confier, à toi Adulte, les quelques miettes encore croustillantes de ma première mémoire avant qu elle ne s efface»

Extrait tiré de l'ouvrage :

« Le temps d’arriver au lieu béni de la cuisine, j’ai dressé la carte de mon banquet matinal.
Comme d’habitude : lait, blédine, pain ou corn-flakes. Ce sera pain et corn-flakes. Et confiture avec le pain. Quoique miel, pourquoi pas ? Et la compote. Elle est toujours à midi la compote. Ça doit être bon aussi le matin, pas de raison. Ah puis à propos, les petits pots – de préférence caramel ou chocolat –, je suis sûr que c’est meilleur avant le goûter.
Le parents, qu’est-ce qu’ils mangent ? Jambon, œufs, thé et café. Si j’essayais ? J’allais oublier le jus de fruit, tiens.
Incroyable… Tout pour moi, rien à partager.
Inconvénient : je ne sais pas faire cuire. Et puis je crois que ma mère n’apprécierait pas que je prenne une initiative réputée dan-ge-reu-se. Mais là, je vais lui en boucher un coin. J’entends d’ici ce qu’elle dira à mon père lorsqu’il appellera : « Tu sais quoi, Loup a préparé son petit-déj touseulcommungrand ! » J’en frissonne de fierté. Dans un élan d’enthousiasme et de générosité je me dis même que je pourrais préparer le sien avec les restes du mien. S’il y en a. Et même que si j’y arrivais, en rassemblant tout dans un panier, je pourrais lui apporter au lit. Je m’émeus moi-même de tant de grandeur d’âme.
Je me reprends. Pas cuit. Cru. Pas grave, j’ai remarqué que nombre de choses que l’on mange cuites se consomment tout aussi bien crues. Certainement les œufs aussi.
Procédons avec ordre et méthode.
Acte 1. Hissé sur une chaise traînée dans la cuisine, je descends les corn-flakes, le thé, le café, la blédine, le pain grillé. Faudra que je pense à leur dire de ne pas se casser la tête à monter les trucs si haut puisque je peux y accéder. Autant tout laisser à ma portée, on évitera les risques d’accident. Cette précaution leur plaira certainement. Zut, la blédine est tombée, le couvercle s’est ouvert. Pas grave. Avec la balayette, je repousse les petits tas poudreux dans la boîte. Il y a bien quelques autres miettes indistinctes avec mais je ferai le tri plus tard.
Acte 2. Placards du bas et tiroirs : petits pots, cuillères, couteaux – non, les couteaux, ça va la faire râler. Tiens, des coquillettes ! Pour décorer, c’est une bonne idée. Ah puis du Sopalin pour faire une nappe et des serviettes. On ne pourra pas dire que je ne suis pas propre. Il n’y en a presque plus… Réflexion, action. Qu’est-ce que je suis intelligent comme garçon : du PQ, bien sûr, c’est aussi efficace le PQ ! Et en plus ça sent meilleur que le Sopalin. Je descends, en trouve trois rouleaux dans la réserve. Ça devrait suffire.
Acte 3. Le frigo. Je m’arc-boute sur la poignée. Elle cède. Œufs, lait, confiture, quelques légumes au passage. Ah ! le beurre… j’avais oublié. Bonne idée. Oh, cékoiça ! Une trousse pleine de vernis à ongles. J’ai entendu ma mère dire à mon père qui s’interrogeait sur leur présence parmi les denrées comestibles qu’ils se conservaient plus longtemps au froid. Je n’ai jamais le droit d’y toucher. Pour une fois, y a pas mort d’homme ! Et puis je vais lui faire un joli dessin tout dans les rose rouge que je poserai sur le plateau. Je vois d’ici son sourire attendri.
Panoramique concentré à 360°. Plus rien à prendre ? Je contemple épanoui mon panier rempli ras l’anse. Pouf qu’il est lourd, on ne dirait pas comme ça, mais un vrai bon petit-déjeuner, ça pèse un âne mort. Je tire, je pousse, je ahane, je souffle. Le franchissement des marches de la cuisine et du salon s’avère périlleux, du genre Cap Horn. Quelques pots passent par-dessus bord, je perds encore quelques cuillerées de blédine, un œuf tombe au champ d’honneur, le pot de confiture se renverse. Pas de chance, le couvercle était mal refermé. Une jolie flaque rouge se répand voluptueusement comme une coulée de lave et s’infiltre dans les interstices du parquet. Vite, le PQ. Une dizaine de mètres dévidés en hâte s’abreuvent de framboise. Bel effet de patine au résultat. Je lèche le plus gros. Les finitions seront pour plus tard. Le velours du jeté de canapé, rouge lui aussi et aux vertus bien absorbantes, fera parfaitement l’affaire pour éponger le reste.
Dans un dernier effort herculéen, je hisse le panier sur le canapé, déverse d’un geste ample son contenu. Tout à portée de main, comme dans les mirifiques restaurants d’autoroutes.
Le temps suspend son vol. Installé en tailleur au milieu de la manne, je pioche dans les denrées, l’une après l’autre d’abord, puis toutes en même temps. Je sens avec bonheur mon ventre se tendre. Mon raffinement culinaire s’aiguise au fil des expériences. Si je tentais de mélanger petit pot et confiture ? Plus, peut-être, quelques pétales de corn-flakes. Les œufs ont depuis longtemps rendu l’âme. Ils n’ont pas résisté au déversement sur le canapé. Je dispose minutieusement quelques éventails de PQ sur leur petite mare opale striée de jaune, pour ne pas tacher mon pyjama. Dans mon assiette belléleclochard, le mélange petit pot caramel confiture corn-flakes offre le plus bel aspect. Je saupoudre d’un peu de blédine chocolatée, plus pour l’esthétique que pour le goût.
Bientôt, à mon grand regret, je cale. J’y ai été de bon cœur mais là vraiment, je cale. C’est le moment de la pause artistique. Du maelström répandu tout autour de moi, j’extrais la trousse à vernis. Grisé par l’odeur piquante et sucrée qui émane des flacons ouverts j’entreprends, appliqué, une peinture laquée sur le parquet. Porté par l’inspiration, j’ai omis d’interposer le papier. De belles arabesques rougeoyantes et luisantes valsent avec élégance dans un semis de blédine moucheté de coquillettes.
Emporté par mon élan, je remonte sur le canapé et entreprends sur le dossier la confection d’une guirlande de PQ entrelacé de sachets de thé et saupoudré de café noir. Quelques noisettes de beurre et une lichette de confiture parachèvent le motif baroquisant que je contemple, béat.
Le tour d’horizon est plus que satisfaisant. Récapitulons. Sur les fauteuils, projection à la Pollock sauce Gemey sur fond de laque d’œuf et sa fine neige cacaotée ; sur le poêle, crumble de bougie rouge et ses pampilles de pain grillé ; sur le dossier du canapé, guirlande de PQ aux deux saveurs et ses pétales de maïs croustillant. Au sol enfin, pochoir de petits pieds beurrés sur lit de café moulu et son nuage de lait.
Une porte grince, une latte de parquet craque. Hourra, ma mère s’est levée ! Vite, son petit-déjeuner. Pris de court, j’attrape ce qui me tombe sous la main, l’un des rares vestiges encore entiers de mon banquet romain : un petit pot au caramel. Je fonce cœur battant vers la balustrade qui surplombe l’escalier, brandissant mon trophée. Ma mère émerge, l’œil flou et le cheveu en torche. Je la vois d’avion, toute froissée de partout. Je vole vers elle, en suspens comme une victoire de Samothrace miniature. Mon enthousiasme est tel que j’en lâche le petit pot qui, par malheur, tombe à pic sur sa tête. J’éclate de rire malgré moi. En se frottant le crâne, elle gravit les dernières marches et son visage arrive au ras du parquet du salon. Malgré l’accueil un peu brutal que je lui ai involontairement réservé, elle a la mine plutôt affable et entreprend chaleureusement, bien qu’un peu pâteusement, de me féliciter de l’avoir si gentiment laissé se reposer. Je vois son regard se lever vers moi, s’arrêter à mi-course. Je vois son sourire en formation se figer et se déformer en un rictus. Elle s’arrête pétrifiée. Me regarde incrédule, moi tout sourire, cachant difficilement une impatiente fierté sous un air de ne pas y toucher. Somnam-bulique, elle reprend sa montée au ralenti. S’arrête en haut, fait le tour de la pièce, une main en fourche dans les cheveux, l’autre sur la bouche.
L’effet produit dépasse mes espoirs les plus fous. Je sens sa fierté de mère comblée jaillir par tous les pores de sa peau. Je crois qu’elle va pleurer d’émotion devant ce mélange d’autonomie et de créativité conjuguées. Ses jambes en flageolent. Elle ploie, se plie, tombe à genoux, en larmes. C’est trop d’émotion. J’en suis moi-même estomaqué. J’ai vraiment dû sauter un chapitre dans l’enchaînement des étapes de croissance et d’éveil. J’espère juste n’être pas surdoué. Elle pleure pour de bon mais quelque chose cloche. Son regard embrouillé de larmes est loin d’être extasié. Il en émane une expression de rage et de désespoir absolus. Je n’ai même pas le temps de me ressaisir qu’un cri de bête éclate et se termine comme une gifle cinglante en une phrase assassine, jamais ouïe jusqu’alors :
‒ Fiche-moi le camp !
Évidemment je fais tout le contraire, m’approche, histoire d’expliquer le malentendu. Elle se dresse, titubante et se battant les flancs. Je me tais. De toute façon elle ne me laisse pas en placer une, elle est en boucle.
‒ C’est pas vrai dites moi que c’est pas vrai c’est pas possible je vais me réveiller là c’est juste un cauchemar dites moi que je rêve. »

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