SOLEILS diffusion - distribution
23, rue de Fleurus - 75006 Paris - Tel: 01 45 48 84 62

Logo SOLEILS

Fiche article

9782916724560
Serov et moi en grece
Une œuvre de Bakst/ Medvedkova
PDF
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782916724560, vendu 22 € et classé au rayon « Littérature », publié le 22 décembre 2014 par les éditions TriArtis et d'un poids de 300 grammes.
Mais qui était donc Léon Bakst et que faisait-il en Grèce en 1907 ? Et pourquoi, un an avant sa mort, en 1923, à Paris, publia-t-il en russe un livre intitulé Serov et moi en Grèce ? Et qui était Serov ? L'ouvrage que le lecteur tient entre ses mains est la première traduction en langue française d'un morceau exquis de la prose russe symboliste. Non seulement ce texte est un petit chef-d'oeuvre en soi, mais il permet de jeter un regard nouveau sur l'un des principaux créateurs des Ballets Russes. Du tableau Terreur antique aux décors et costumes de l'Après-midi d'un faune, mêlant au souvenir de la Grèce antique un orientalisme sensuel et coloré, Bakst inspire tout un courant dans l'art et la mode du début du XXe siècle. L'auteur de cette traduction et de l'essai introductif tente de retrouver les sources et de saisir l'originalité de l'hellénisme de Bakst. Prix 2013 de la traduction du Salon du livre et de la revue d'art - Festival de l'histoire de l'art à Fontainebleau.

Extrait tiré de l'ouvrage :

« Je tourne le dos à l’hôtel et en reste baba : un précipice gigantesque, sans fond dans la nuit, tout près de mes pieds… quelque part, tout en bas dans la vallée, sous les éclairs aveuglants bleu-mauve, reposent les temples blancs de marbre - maisonnettes de conte tombées en poussière entre les mains monstrueuses des Cyclopes… Est-ce par colère qu’ils les jetèrent des montagnes verticales et lugubres qui entourent, de leur chœur malveillant, le hardi sanctuaire blanc ?
En fendant impérieusement les ténèbres, les volées d’aigles géants planent, inquiets, en traçant des courbes impétueuses dans toutes les directions ; dans l’air épais, étouffant, plein de phosphore et d’électricité, on entend de trop près, juste sous nos pieds, le bruissement affreux de leurs ailes robustes…
Je m’éloigne involontairement du précipice… L’ombre de Ganymède glisse craintivement dans ma pensée… Le fracas assourdissant et le scintillement sont si forts, qu’il semble que l’éclair nous transperce tout entier - nous tenons à peine debout. Instinctivement nous nous tournons du côté de la trattoria et son air simple d’opéra atténue l’acuité de nos sentiments…

Serov affirme qu’il a faim ; je sens une sorte de reconnaissance pour ce revirement vers le banal besoin quotidien ; dans la salle qui comporte une table proprement dressée, parmi les bouteilles noires, mon œil ascétique remarque avec satisfaction des œufs durs posés sur un monticule de sel gris, plusieurs fromages frais et une assiette d’amandes et de raisins secs.
Quel plaisir de dîner sous le bas plafond blanc, de s’essuyer avec des serviettes propres brodées aux tons vifs, de siroter, avec du vin âpre, une somnolente conversation culinaire à propos des repas montagnards, du fromage de chèvre, bien meilleur que le fromage hollandais que l’on servait avec du pumpernickel1 sec chez Leiner à Pétersbourg2. Ô, ce restaurant de Leiner !
Sentimental, je me répands au sujet de la vieille et respectable madame Leiner, grosse veuve violette d’apoplexie, au sujet de ses dîners classiques pour un rouble d’argent - restaurant dans lequel nous étions d’honorables habitués de longue date.
– Certes, honorables ! Tu te souviens quand elle nous a offert à chacun un authentique petit verre d’argent en signe de notre fidélité décennale ? Tu te souviens ? Tu te souviens quelle bière munichoise étonnante on y servait ? Noire, épaisse… et les Allemands de chez Leiner - quel drôle de peuple !
– Tu te souviens quand on a surpris aux toilettes deux Allemands fort âgés qui se vidaient douloureusement :
– « Kannst-du noch3, Androuchcha ?
– Absoluuuuument ! »
Serov rit avec bonhomie, allume pensivement son cigare. De Delphes, de l’orage - on ne dit pas mot.

Mais avant de me coucher, tel le duc de la cavatine de Rigoletto, dans ma chambre minuscule et étouffante, j’ouvre largement la fenêtre qui, elle, n’est pas de théâtre.
L’orage grandit et se renforce. Par moment le vent romantique se calme et le silence lourd, précurseur d’un épique fracas assourdissant, devient insupportable, comme le spasme d’un enfant qui, juste après unechute, se tait pendant trois horribles secondes et tout à coup déchire l’air de son cri frénétique et, néanmoins, quelque peu apaisant.
De larges éclairs coupent sans cesse l’œil avec leur rasoir géant ; le précipice sans fond sous la fenêtre paraît alors encore plus velouté et sauvage.
Il y a un cauchemar atroce, véritable torture dans lequel tu n’arrêtes pas de tomber d’une hauteur effroyable dans une profondeur noire et inconnue, et ton corps est titillé jusqu’à la nausée par le sentiment de l’absence de sol sous tes pieds… Ce que je ressentais en me forçant à tenir bon contre l’orage devant la fenêtre ouverte était proche de ce cauchemar : ce chatouillement, le frère de la mort, s’approchait de moi…
Quel étrange, quel terrible décor !... Tout autour, sur les rochers, comme dans un colisée des Cyclopes, comme dans une volière magique faite pour des aigles géants, bâillent des trous profonds et noirs, des niches - sépultures abandonnées des pèlerins de l’Hellade et de l’Étrurie, des tombeaux des philosophes, des pontifes ayant vécu, étudié, professé près du sanctuaire glorieux.
Depuis longtemps se putréfièrent les ossements des stoïciens et des sophistes, bâtisseurs de systèmes ingénieux, chercheurs du sens de l’existence… Mais toujours, comme il y a trois mille ans, au printemps, Zeus tonne au milieu de la volée d’aigles effrayés par les éclairs et, chaque printemps, dans les ténèbres de l’Hadès, Perséphone pétrifiée de douleur - torve, terrible, assise dans son profond fauteuil de basalte - attend chez elle avec méchanceté, de la terre interdite et florissante, les enfants du soleil crédules et fragiles : les hommes… »

Du même éditeur:

10.00 €
9782490198245
10.00 €
9782490198191
18.00 €
9782490198184
10.00 €
9782490198177
10.00 €
9782490198115
10.00 €
9782490198122
10.00 €
9782490198092
15.00 €
9782490198108
10.00 €
9782490198085
10.00 €
9782490198078
10.00 €
9782490198061
10.00 €
9782490198054
10.00 €
9782490198023
10.00 €
9782490198047
10.00 €
9782490198030
10.00 €
9782490198016
10.00 €
9782916724997
10.00 €
9782490198009
10.00 €
9782916724430
10.00 €
9782916724980

Dans le même rayon:

26.00 €
9789738346451
30.00 €
9789738346369
16.00 €
9782356601087
25.00 €
9782353744947
22.00 €
9789738346635
4.95 €
9782367469676
19.00 €
9782868180650
15.00 €
9782868180421
6.00 €
9782868180858
16.00 €
9782359920710
9.90 €
9791035306458
15.00 €
9782373554250
15.00 €
9782373551495
16.00 €
9791093406169
24.00 €
9791093644202
16.00 €
9782377590384
35.00 €
9782353744923
15.00 €
9782373554236
15.00 €
9782359920697
8.00 €
9782900012062