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Fiche article

9782916724980
Michel de Ghelderode
(Fastes d'Enfer pour un triomphe)
Une œuvre d'Agnès Alkérib
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Cet article a été constaté en stock le 24 juin 2021.
Ouvrage broché portant le numéro ISBN 9782916724980, vendu 10 € et classé au rayon « Littérature », publié le 06 juin 2018 par les éditions TriArtis, large de 135 millimètres pour 175 de haut et 7 d'épaisseur et comportant 73 pages.
Michel de Ghelderode, belge d’origine flamande et d’expression française, bouleversa le théâtre de l’après-guerre. Sulfureuses et dérangeantes, ses pièces furent représentées grâce à l’opiniâtreté de Catherine Toth. Fastes d’Enfer, lors de sa création au Théâtre Marigny, provoqua une nouvelle bataille d’Hernani. Tant pis si les «honnêtes gens» râlent au nom du bon goût: je n’ai jamais écrit pour les honnêtes gens, pas plus que vous ne jouez pour cette sorte de public, n’est-ce pas? Des extraits de leur correspondance, des fragments dialogués et des critiques de l’époque éclairent ce théâtre de la cruauté – grotesque pour les uns, iconoclaste pour les autres–, chef-d’œuvre de drôlerie, avec ses diableries, ses bouffons et prêtres de mauvais aloi, et surtout son langage fleuri.

Extrait tiré de l'ouvrage :

« Barrault, avant que ne se lève le rideau sur Fastes, fait une annonce (pour dégager sa responsabilité) où il dit notamment : « Voici les lauréats du concours qui vont vous jouer Fastes d’Enfer dans la présentation exacte du concours, les lauréats furent choisis par un jury compétent », etc.
Or à la fin de la représentation, quand le rideau se releva sur les applaudissements, André s’avança vers le public et rectifia : « Mesdames et messieurs, Jean-Louis Barrault vous a dit tout à l’heure que nous allions jouer la pièce dans la présentation exacte du concours – c’est faux. La direction nous a imposé des coupures que nous désapprouvons parce qu’elles trahissent la pensée de l’auteur. Nous nous en excusons. »
Brouhaha. « Recommencez ! », crie le public. Derrière le décor, cris de la directrice (Mme Volterra) : « Mettez-les dans le noir ! Coupez la rampe. » Le rideau tombe violemment à dix centimètres derrière André, l’assommant presque. Bref, le tollé général et contentement des comédiens qui se sentent lavés de l’humiliation.
Nous étions sûrs de jouer pour la dernière fois à Marigny. Pendant trois jours, silence de la « direction », pas de réaction. Nous apprenons par les journaux que nous jouons encore le vendredi.
Nous n’étions pas au bout de nos émotions.
La partie s’engageait seulement, avec le public cette fois. Ce fut le corps-à-corps. Pour vous donner une image, car il est difficile de raconter une telle soirée – qui ne fut pourtant pas notre première bataille (ayant connu pareille atmosphère pour Quoat-Quoat d’Audiberti, pour Woyzeck de Büchner...).
Mais, cette fois, les mille deux cents personnes de Marigny s’affrontaient.
Le poulailler criait au parterre : « Vos gueules, bourgeois incultes ! » Des dames sanglotaient : « Baissez le rideau, baissez, assez, assez ! » D’autres : « C’est trop, c’est trop. » Et encore : « Non, monsieur, laissez-les pour voir jusqu’où ils osent aller ! »
Depuis le moment où l’évêque parvient à cracher l’hostie empoisonnée (et là, ce fut un délire de courroux, la moitié du parterre se levant – mais ne partant pas !), je crois qu’aucun des spectateurs ne put entendre ni comprendre le sens de la pièce jusqu’à la fin. Mais la majorité était avec nous.
Jusqu’à Barrault et Madeleine Renaud qui, ce soir-là, oubliant tout, restaient collés au décor. Les machinistes eux-mêmes applaudissaient. L’ambiance était extraordinaire. Le théâtre vivait d’une vie qu’il n’avait pas connue. Il mugissait, vociférait, applaudissait, criait, riait et les spectateurs ce soir-là sortirent avec leurs chapeaux enfoncés, défoncés, leurs cravates volaient : nous étions loin en effet du « bon ton », mais tous vibraient de colère ou de joie, mais de vie arrachée au sommeil et à la torpeur. Ainsi, tout le monde se souviendra de notre dernière représentation à Marigny. »

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